Une histoire de ouf.

 

Ouf! Il s’en fallut de peu : IL avait oublié de donner un champ à Higgs. Mais, dans une illumination , à la mémoire LUI revint que les humains devaient peser, et lourd qui plus est.
« Euré-quark* » cria-IL lorsque cela fut fait, après avoir bricolé le rafistolage de quelques hadrons et saupoudré par-ci* puis par-là* quelques constantes universelles calculées au hasard pour faire croire en LUI.
Vector dont on disait ironiquement qu’il n’était pas un photon, utilisait pourtant toutes ses ressources lumineuses pour tenter de percer la signification de cette masse qu’il devait susciter chez les humains : un rien de graisse en trop dans la marmite du big ou un rien d’esprit dans le bouillon primaire du bang, tel était son dilemme. Après s’être entretenu avec son ami Maxwell, il décida de quitter orthogonalement son champ jusqu’au pré voisin, ce que fait toute particule qui pense que le rayonnement est toujours plus vert ailleurs. Il lui fallut en convenir : la gravité devait être inopérante sur un être seul et ne se manifesterait que lorsqu’il ferait le grégaire broutant en compagnie.
Alors, en une cohorte indéfinissable de flamboyants quantas humains aux vêtures chamarrées, babillant â ravir, pétillant en rapport, un à un dans le grand champ vectorisé de Higgs, ils s’appesantirent, virant au sombre et au grave, comme un esprit soufflé par une aurore magnétique s’éteint, avant que de se matérialiser le long des lignes d’ une force relativement restreinte d’une conscience humaine imbue d’elle-même, paradant comme paon, et, finalement, d’une énergie lassante comme l’avait d’emblée prédit Heisenberg, le voisin de ferme de Vector, lors d’un délire après boire : « ΔE. Δt ≥ħ/2 ».
Sous un arbre, Newton reposait déjà assommé par la gravité des hommes, bien avant qu’une pomme ne tombât.
Là haut, dans un coin de plus basse énergie, IL vide le gobelet de ses dés et s’étonne du tirage :
» Tiens, il est plus flou que JE ne le pensais mon monde de ouf ! ».

Mon Odyssée.

0 – Ce premier relevé c’est toi qui le traças
Sur la carte Orientée
De par ta volonté.   

1 – Bien des ans en amont nous l’avions évoqué
Ce possible voyage, cette belle équipée
Dans les senteurs marines
Des heures ultramarines,
Phosphorescentes eaux,
Dicibles abyssaux.

2 – Bien des routes tracées sur nos plans imagés
Anticipant les vents, déraillant nos nuitées,
Ta règle bien à plat
Révélait ce nom Cras :
Nos regards se croisaient,
Et la fièvre brûlait.

De ne pas nous aimer ou du moins pas encore
C’était là notre aimant, ce tendre désaccord.

3 – Ce cap tu le maintins car des années entières
Il tangonna tes nuits pour de vastes croisières,
Tes songes submergés
Par l’embrun redouté :
Tu affalais les voiles 
Sous le ciel de ton lit.

4 – Affûtant nos réglages comme on règle sa vie
Sous les vents forcissant notre allure courait.
Nous croisâmes Corfou et ses pierres brûlées,
Et songeâmes à ces portes que l’Orient nous ouvrait.

La vague était légère et nous philosophions;
Sur le pont discouraient Socrate et ma compagne;
Sous la grand-voile blanche, Platon et moi rêvions,
Vers la Grèce voguions et toutes ses campagnes.

5 – Puis ce fut Port Vathy, mon rêve, mon illusion,
Elle barrait les moulins qui nous furent offerts
Comme des bras en ailes nous signalant la passe :
Nous entrâmes en rade comme dans l’ Odyssée !

Quand nous fûmes à l’ancre, les cordages lovés,
Tout en prenant ma main, elle m’offrit un baiser
En me précisant bien de sa voix policée :
« Ici je t’offre Ulysse, celui de ton enfance,
Ses nefs énamourées, navires en partance.
Nous venons de l’abysse et toutes ses outrances ;
Mais demain je tairai que tu m’es attirance ».

6 – Dans le diapré moiré du flot dégouliné
J’ai vu son corps brûlé par la vague léché ;
Toutes eaux festonnées
Sur son corps affamé
Disaient plus sur la vie 
Que toutes nos envies.

Puis vint la nuit démente aux mille vagues hurlantes
Infâmant les bateaux, vomissant des sanglots.
Nos toiles arrisées, nos regards extasiés,
Nous mîmes à la cape
Et partîmes en fuite.
Mais toujours le dragon bouillonnant les sillages
Creusait des précipices sous l’étrave entravée.

Mais vint la nuit tragique par ces vents provoquée
Déboulant en fusant des loins hyperborés.
Le démon à l’encan dans l’assaut renforcé
Toujours vitupérant les marins arrimés
Fracassa le navire sur ta tempe enfoncée :
C’est la nuit qui saigna
Ton sang noir dans la mer,
Son sang rouge dans l’aube.

La fureur nous laissa,
Le carnage cessa.
La pluie gouttait encore,
Ta plaie saignait cet or.

Lovée contre mon corps tu réchauffais tes maux
Quand nous nous réveillâmes dans l’ombre du bateau.
Comme un poulpe trempé, tu agitais tes membres :
Cette image fit rire, tu savais mon désir.
Alors d’autorité feignant l’intempérance
Tu m’intimas l’ordre de vaquer aux urgences :
« Et ne venons-nous pas de risquer le naufrage ?
Pourquoi donc par amour oser d’autres outrages ? »

Pour ce beau capitaine, je défrichais la carte
Mais le contour des caps dessinait tant son corps …

7 – Avez-vous entendu le froissement des eaux
Comme étoffe froissée sur le grain de sa peau ?
Ce sillage moussu vers l’ineffable Orient,
Ce possible gréé en navire marchand,
A la proue de l’esquif
Cet Ulysse incisif
La figure de proue
Et moi barrant la roue.

8 – Plus l’ Orient approchait, plus elle s’approchait
Dans la nuit de Pergame sous ce ciel basculé,
Elle me dit que d’ Éphèse, elle avait tout appris,
Qu’il serait difficile d’envisager l’ après.

Dans sa voix tant d’écho, un désir de sa main.
Sa peau était brûlée par tant et tant d’embruns.
Le sillage des mots dessinait des pensées.
Elle disait avoir sacrifié à l’oracle
Sur la verte colline qui connut la débâcle.
Elle fabula Ilion survivant aux Hellènes.
Mais je sais aujourd’hui ce que fut son blasphème.

9 – Je n’ ose ici écrire que c’est tribord amure
Que les Vents nous imposent car toujours ils disposent;
Et cela pour vous dire ce que l’ Ouest murmure :
Que la chevauchée lente sur la vague de ma prose
Prend sa fin ici-bas et c’est vers l’origine
Que l’écheveau dévide de ces nœuds décomptés,
Qu’il nous faut retourner et comme je l’imagine
Retrouver fracassées ces Stèles du Passé.

0 – Ce vrai baiser c’est toi qui premier le donnas
Quand l’erre Occidentée
Nous ramena à quai.

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